Jean-Louis Guilhamat, Editions Les Ruisselets

samedi 30 janvier 2010

Bonjour - Présentation

Bonjour,

Bienvenue sur ce blog. Je m'appelle Solange, mais mes ami(e)s me donnent des tas de diminutifs ou surnoms: Sol, Solsi, Sissi, Princess' (c'est pour rire!!!)

Ce blog est associé au site http://www.jean-louis-guilhamat.com

Jean-Louis Guilhamat, c'est mon compagnon, que j'appellerai JL par commodité! Bien que chimiste de formation et de métier, il écrit depuis sa jeunesse, principalement des romans policiers ou autobiographiques.

Ce blog est donc destiné à promouvoir les ouvrages du site et à les vendre, mais je ne vous parlerai pas que de ça. Je vous raconterai aussi les anecdotes de notre TPE (Très Petite Entreprise, nous ne fonctionnons qu'à deux!) La genèse des livres, nos galères, nos satisfactions, et aussi notre vie quotidienne.

Au plaisir de vous lire. Amitiés.

PS: Pour les nul(le)s en informatique comme moi, vous pouvez déposer un commentaire en cliquant sur le titre de chaque article!

mardi 26 janvier 2010

Les aventures de Clovis Allard





Sept romans policiers du même auteur dont l’action se déroule dans les massifs montagneux et villages de Haute-Provence.

Au fil des enquêtes d’un détective au charisme tranquille, parfois redouté : la découverte d’un gisement d’or et les convoitises criminelles qui en découlent, l’assassinat d’un prince slave sur le sol provençal, l’étrange pouvoir des yeux d’une harde de loups, les eaux de jouvence perfides d’un lac de montagne, les secrets profanes d’une communauté religieuse, une enquête à rebondissements sur le meurtre d’un maire de village, l’incroyable histoire d’une jeune femme capable de commander au ciel la pluie ou le beau temps.

Le mélèze rouge

Le piège de Sylvestre

Noël à Chanteloup



L’homme qui marchait au fond du lac

Clovis et la sainte

Le meurtre de Célestin Montegnat

La faiseuse de pluie

Les peupliers meurent aussi




Il est des désastres qui sourdent lentement
sans que l'on n'ait conscience
d'oeuvrer à les construire.

JLG

Extrait

Je tends l’oreille à une éventuelle approche du tueur, n’entends qu’une chouette, le bruit lointain d’un avion, l’éternel souffle de La Grave qui glisse dans son lit en se fichant pas mal des drames humains. À l’est une lueur blanche indique que la lune ne tardera pas à pointer sa frimousse de la crête du Serre.

J’éclaire les environs, ma petite lumière s’arrête sur rien. « Il » a probablement gagné le bois, sachant n’y laisser aucune trace et y jouir de mille hectares de liberté. Que découvrirais-je si cent projecteurs illuminaient tout à coup le pré et la forêt ?

Le bord de la route est terreux, souple, boueux par endroits. Il a bien plu ce soir. Je cherche une empreinte... la trouve. D’abord surpris, j’en deviens incrédule en me baissant pour l’examiner de près.

L’empreinte est celle d’un pied humain nu. Mon arbitre pifométrique évalue sa longueur à une cinquantaine de centimètres, de la pointe du gros orteil au dos du talon. Un pied ogresque comme il ne doit pas en exister beaucoup. L’idée d’un canular m’effleure, je l’abandonne : le cadavre de Régis n’en est pas un.

L’empreinte est parfaitement moulée. Le gros orteil domine : un pied égyptien. Mais cela ne m’avance à rien. Je fais un rapide calcul en me référant à ce qu’on m’a appris à l’école primaire, ce bon vieux temps des tables de multiplications et des règles de trois, ce temps où toute parole de nos instits s’installait pour la vie dans un recoin de nos mémoires : je prends le nombre de ma taille en centimètres, soit : 190, le divise par la dimension de mon pied également en centimètres : 28, et multiplie le quotient obtenu par la longueur de l’empreinte : 50 centimètres, en misant que la taille d’un homme est proportionnelle à la longueur de son pied. À mon sens, l’assise nécessaire à un bipède appelé à se tenir debout est obligatoirement au prorata de sa hauteur, faute de quoi le corps debout choit, ou dans le meilleur des cas se maintient en position verticale dans un équilibre précaire. J’obtiens ainsi l’ahurissante dimension de 339 centimètres, soit 3 mètres et 39 centimètres, correspondant théoriquement à la taille de « Il ».

Avec le même calcul, sachant que moi-même chausse du quarante-trois avec un pied mesurant 28 centimètres, je déduis que l’assassin de Régis, s’il n’allait pas pieds nus, chausserait du 82 !

La lune se lève. Par chance, elle est pleine. Deux choses me paraissent claires : Régis a été surpris par le errant dissimulé dans les végétations de La Grave, il a peut-être voulu fuir, mais le errant ne lui en a pas laissé le temps. Deuxièmement : un homme mesurant 3,39 mètres n’existe pas. Mon calcul est juste, mais il y a forcément un décalage entre lui et la réalité.

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Le piège de Sylvestre





La politique peut être relativement honnête
aux moments où l'Histoire suit un cours paresseux.
À ses tournants critiques,
la seule règle possible est le vieil adage
selon lequel la fin justifie les moyens.

             Arthur Koestler



Extrait

9 décembre.

Nous, les hommes, avons la chance de n’être victimes que de deux types d’individus : les politiciens et les femmes. Je m’autorise cette remarque au seuil de ce récit parce que je suis un homme et que j’ai eu cette chance-là.

Ce 9 décembre, vers neuf heures, je reçois un appel de l’hôtel Matignon à mon agence de Marseille. Une voix féminine me demande de lui confirmer que je suis bien le détective Clovis Allard, ce que je fais, et m’informe que monsieur Charles Garrot, Premier ministre, désire me parler.

Ce n’est pas tous les jours qu’un détective privé reçoit l’appel d’un ministre et encore moins du Premier. Personnellement, n’ayant jamais eu cet honneur, je soupçonne une farce. Je ne coupe cependant pas la communication. Dans mon métier, la politique de l’autruche n’a jamais mené à rien, sauf quelquefois au cimetière.

Après une de ces interminables valses de Strauss entrecoupée de messages me priant de patienter qui font la fortune des Télécoms, un homme se manifeste. Accent rocailleux, sèche formule de politesse d’où transpire l’énervement. Lui aussi me demande de lui confirmer qu’il parle bien à moi, ce que je refais, se présente comme étant Charles Garrot, sans citer sa qualité de patron du Gouvernement, et me déclare avoir besoin de mes services. Quel genre de service ? Un service qui ne se dit pas au téléphone. La conversation qu’il veut avoir avec moi est des plus confidentielles. L’affaire présente un caractère d’extrême urgence, je dois me présenter à Matignon dans les meilleurs délais. Meilleurs délais de quel ordre ? Il m’attend dans l’après-midi, il donne des instructions à l’entrée et à l’accueil. Si j’ai des affaires en cours, comme il l’imagine, elles ne seront retardées que de quarante-huit heures. Si je suis obligé d’annuler certains rendez-vous, j’en serai dédommagé.

La faiseuse de pluie





Pluie: précipitation d'eau atmosphérique
considérée surtout pour son influence, parfois dramatique,
sur la vie et l'activité des hommes.

Extrait

L’appel de Sylvestre Lambert, maire de L’Alpe-Dieu, me désarme. Voici en substance ce que me dit cet homme :

— Le village a besoin de toi, Clovis. Nous sommes en danger.

— En danger ? Comment ça en danger ?

— EN DANGER ! ne consent-il qu’à me crier. Si je t’appelle, c’est parce que je subodore qu’un homme comme toi peut nous tirer d’un mauvais pas ! D’un très mauvais pas !

— Vous subodorez ? Je ne me dérange jamais sans connaître les données d’une affaire. Navré, monsieur le maire.

— Même si le sort de ton village natal dépend de ladite affaire ?

Je tiquerais à moins.

— Vous employez de ces mots...

— Des mots justes. Je maîtrise parfaitement le vocabulaire de notre langue et tu le sais. C’est d’ailleurs moi qui te l’ai appris !

— De quel mauvais sort est donc menacé mon village natal ?

— Le sort, par définition, est un effet néfaste susceptible d’engendrer une catastrophe !

Je l’ai eu comme instituteur et vingt-sept ans après il me parle comme il y a vingt-sept ans. Être à la retraite ne suffit pas pour corriger le fond injonctionnel des dinosaures laïques de l’école « d’avant ». L’ennui c’est qu’il y a vingt-sept ans je n’aimais pas plus ça qu’aujourd’hui.

— Pourquoi ne pas m’en toucher au moins deux mots, monsieur Lambert ?

— Parce que tu ne viendrais pas, Clovis Allard ! Je t’attends ! Et je te prie de faire diligence ! L’affaire présente un caractère d’extrême urgence !

Si ce n’est pas clair, ça a le mérite d’être net. J’hésite. Sylvestre Lambert et moi nous sommes toujours entendus comme chien et chat, mais force m’est de reconnaître que mon ancien instit n’a jamais été un imbécile.

Noël à Chanteloup





Ce qu'on fait par amour
s'accomplit toujours par-delà le bien et le mal.

              Nietzche



Extrait

Je me replonge dans la carte IGN. Un petit point noir symbolisant une habitation marquée Chanteloup figure en effet dans un secteur du massif où les courbes de niveau sont très espacées. Une route y conduit. Il faut prendre à droite au rond-point du 4 Septembre.

Je me remets au volant vers quatorze heures. La neige a marqué une pause. La route de Chanteloup sinue longtemps dans les escarpements de l’Andran, surplombant une agglomération dignoise peu à peu réduite à des dimensions lilliputiennes. La chaussée n’est pas déneigée. Pas de traces de pneus sur le tapis blanc. J’évolue dans un univers cristallin. J’ai l’impression que je n’atteindrai Chanteloup que lorsque je toucherai le ciel. Madame Turner a installé son ermitage dans un monde de pureté. Au sommet d’un raidillon, Chanteloup m’apparaît comme un plan immaculé, faiblement incliné vers la vallée, clos par un haut et fort grillage, et fermé par un portail barreauté. Une planète de glace hermétiquement close. La forêt portée sur la carte est au nord, visiblement à l’intérieur de la propriété. En lisière aval, des bâtiments accrochent l’œil. Je vois un corps d’habitation massif aux volets verts. Sur le devant, une remise sous laquelle brillent les vitres d’une voiture. Seul signe de vie, une fumée blanche sur le toit, malmenée par le vent.

Je descends de voiture et pousse la grille, décidé à faire le reste du chemin à pied pour ne pas profaner cette terre de silence où le bruit d’un moteur semble être sacrilège.

L'Affaire Montegnat





Il y a des honnêtes gens
et leur cas n'est pas clair.

Extrait

10 mai.

L’affaire Montegnat me tombe sur le râble à une période où je viens de conclure discrètement une histoire de kidnapping. La kidnappée était une certaine Marie-Laure Aubois, milliardaire de profession et renommée uniquement de ce fait. Je la cite nommément par pure forme car son nom, sa vie et son kidnapping ne tiennent qu’une place marginale dans ce récit, et passe donc sur les détails de cette lamentable affaire.

Je souffle un peu, rabiboche mon ego émotionnel aux terrasses des cafés, lorsque ma kidnappée décide, en remerciement du service rendu, sans me consulter et très sottement, d’oeuvrer pour la prospérité de mon agence en annonçant l’exploit de son sauveur à un canard que je ne nommerai pas, lequel s’empresse de vendre l’information à des quotidiens nationaux à fort tirage, à savoir : ceux qui paient le mieux.

Le lendemain, ces presses publient l’événement à la une. Le soir, la télévision leur fait écho au Vingt-Heures, et moi, Clovis Allard, je deviens héros, alors que mon métier et mes gènes m’assignent discrétion et modestie.

Fatalement, après un tel tapage médiatique, la police, via ma vieille connaissance le commissaire Aristide Jacquemart, revenu à ses premières amours : le SRPJ de Marseille, me demande des comptes. Fatalement aussi, étant devenu demi-dieu national, considérant en outre que la célébrité est une superbe forme de la connerie, mes oreilles commencent à bourdonner et la moutarde à me monter au nez. Fatalement enfin, je me mets à rêver d’évasion.

Ce 10 mai, après moult convocations à l’Hôtel de police et autres poudres d’escampette pour échapper aux paparazzis, je me surprends à lever des yeux rêveurs vers les arbres des avenues, songeant qu’en ma Provence des montagnes le printemps doit avoir meilleure mine que le vert maladif des platanes et des flics marseillais.

L’affaire Montegnat commence là.

Elle commence brutalement sous forme d’un appel téléphonique de ma mère m’annonçant d’une voix guillerette la mort du cousin Célestin, de Saint-Amand-de-Beauvoir, en Provence du Verdon.

La pierre d'Apocalypse





La vengeance
est encore la forme la plus sûre de la justice.

            Becque



Extrait

Le début de ce que les médias ont appelé L’affaire Malleval se déroule à la mi-octobre, à l’Alpe-Dieu, mon village natal, arrosé par le torrent de la Grave, comme si cette agglomération de montagne au nom audacieux avait été entourée de rouge sur la carte des tracasseries Célestes.

Les tracasseries sont d’abord pour mon ami de toujours, Georges Lefort, directeur de recherches au CNRS, à la délégation régionale de Marseille, lui-même natif de l’Alpe et possédant en ce haut pays propriétés bâties et vastes terres de famille en amont du village, au lieu-dit Malleval.

Qu’il soit encore rappelé ici que le village de l’Alpe-Dieu, site de pèlerinage à sainte Victoire Lacombe, possédait jadis au centre même de l’agglomération un lac aujourd’hui asséché et transformé en parking pour permettre le stationnement des voitures et cars des pèlerins qui affluaient alors.

Mais à l’Alpe-Dieu, comme au reste dans beaucoup d’autres localités où la sainteté fut créatrice de richesses, la montée du matérialisme a terni l’auréole de sainte Victoire, réduisant ses dévots comme peau de chagrin. Le village étant de ce fait contraint de se tourner vers d’autres sources de revenus ou de croupir dans le déclin, l’idée gagne peu à peu les esprits de redonner un lac au village pour générer une autre forme de tourisme basée non plus sur la spiritualité, mais sur les sports et divertissements aquatiques. Ce nouveau plan d’eau serait plus étendu que le précédent qui n’était somme toute qu’une grande flaque d’eau, et le but de l’opération évidemment ambitieux : camping, véliplanchisme, canotage, pêche, baignade aux périodes de fortes chaleurs, éventuellement patinage l’hiver.

Le premier drame, celui qui déclenche tout, naît du constat que le seul emplacement du territoire de la commune propice à l’implantation d’une retenue pouvant former un lac (resserrement clusien de la vallée, alimentation en eau par un torrent exempt de limons au débit moyen généreux de dix-sept mètres cubes par seconde, berges aux pentes douces exposées au sud), se situe à Malleval, très exactement sur les terres, maisons d’habitation et dépendances de mon ami Georges, construites là à des fins agricoles par les Templiers, dit-on.

On étudie le projet en paroles d’abord, sur le terrain ensuite.

Basé comme moi à Marseille, mais travaillant en tout point de la planète, Georges ne séjourne que rarement à Malleval. Homme au coeur pur, naïf, altruiste, à cent lieues d’imaginer que pendant ses longues absences une faune administrative et technicienne radiographie sol et site de ses propriétés, il tombe des nues en se voyant un jour proposer le rachat de Malleval par la municipalité de l’Alpe-Dieu. On évoque l’agonie du village, on lui décrit le projet qui doit lui redonner essor : un lac artificiel de deux cent dix hectares de forme triangulaire qui... qui, une fois en eau, submergerait malheureusement le domaine de Malleval dans sa totalité.

On met d’abord des gants pour parler à ce chercheur notoire qui inspire le respect et qu’on s’apprête à déposséder de ses biens ancestraux. Puis, se heurtant à un refus catégorique, les esprits s’échauffent, le ton monte. Un dimanche où l’on sait Georges chez lui, les villageois, commerçants en tête, forment un cortège et se rendent à Malleval. Les semaines passant, ils sont devenus agressifs. Leur plan d’eau du bonheur, ils le veulent, ils sont fermement décidés à bouter l’opposant hors de ses terres. Ce dimanche-là, Georges qui ne s’est jamais soucié que de mettre la Science au service de l’humanité, entend l’humanité lui vomir des insultes. Il se trouve même deux ou trois bétonneurs concernés par la construction du barrage pour lui glisser à l’oreille que les vieilles demeures brûlent comme de l’amadou. Ulcéré, mais de nature combative, Georges en campe de plus belle sur son refus de vendre ses biens.

Le lendemain, l’utilité publique du plan d’eau de Malleval est reconnue lors d’un conseil municipal extraordinaire, l’expropriation de Georges Lefort votée.

Le mélèze rouge





Mon père était un chercheur d'or,
l'ennui c'est qu'il en a trouvé.

      Jacques Brel



Extrait

J’ai croisé la route du capitaine de police Philippe Maurin (si bien dit « Phil » que son entourage en avait oublié son nom de baptême) à la mi-septembre, à l’occasion d’une affaire de tableaux volés inscrits au patrimoine national, lui mandaté par l’appareil judiciaire, moi sollicité par la victime. À cette occasion, l’antagonisme qui a toujours opposé nos deux corporations, activé par la nature introvertie, voire agressive, du policier aurait dû faire que nous coopérions comme chien et chat, mais une connexion impalpable a fait que nous nous sommes entraidés sans heurts. L’union faisant la force, l’enquête s’est soldée par un franc succès. Un officier de police a force de loi, un détective privé n’a pas contrainte de loi.

Pour autant, il m’est difficile de parler d’amitié quand j’évoque les rapports que j’ai eus avec Phil. Nous nous sommes quittés, je ne dirais pas froidement, mais comme deux hommes qui ont fini un travail et dont les routes se séparent.

Aussi, on le comprendra, j’ai été surpris de recevoir quelque trois semaines après notre rencontre à l’intersection des tableaux volés, un appel du policier m’invitant chez sa mère le week-end courant, au Villard-des-Ubacs, petite bourgade des Alpes provençales. Pas très chaud, je me suis cependant déplacé, curieux de savoir ce que contenait cette invitation qui, m’a-t-il semblé, avait une odeur de non-dit.

À cette occasion, j’ai donc fait la connaissance de la mère du policier, ladite veuve Maurin, née Fabri, baptisée Maria-Thérésa, d’origine piémontaise. Quarante-huit ans, brune de cheveux et de peau, yeux de braise, cœur bouillant, superbes restes d’un visage de poupée, silhouette affichant encore des ambitions, Maria avait hérité de feu son mari Edmond du commerce Chasse et Pêche du Villard, négoce incontournable en ces hauts de Provence où la pêche en torrent et la chasse au gibier de montagne sont religion.

Comme je l’avais pressenti, j’ai vécu là-haut des heures où dominait le sentiment que Phil voulait en ma visite une entrée en matière à quelque chose, mais suis reparti sans savoir quoi, malgré mes allusions qui, au fil des heures, sont devenues questions. Un point positif : les soirées sous l’aile maternelle de Maria déclarant vouloir traiter comme son fils le seul ami que son fils lui ait amené à la maison, ont été cordiales, souvent chaleureuses, même si Phil, silencieux, songeur, n’y était pas pour grand-chose. En elle, j’ai découvert une femme spontanée au parler franc, un brin cabotine. Cela m’a plu.



2 novembre. J’apprends la mort de Phil le lendemain de la Toussaint par un message de Maria sur ma boîte vocale en rentrant de mission à l’île de La Réunion. J’entends : « décès accidentel ». Au courrier m’attend également une lettre du policier écrite la veille de sa mort, lettre dont la substance est, je dois le dire, autrement plus surprenante que son invitation... et son décès survenu par accident.

Clovis et la sainte





Ecrit fébrilement un certain 15 juillet
où en toute mauvaise foi je maudissais le ciel.

                         JLG



Extrait

Je tire à moi un quotidien qui traîne sur la table voisine, tente vainement de m’intéresser à la virée du Premier ministre en Afrique noire. Je pense au but de mon séjour à L’Alpe. Jusqu’ici, je l’ai pris à la légère. Maintenant que me voilà au pied du mur, je suis soucieux. Pour rendre service à Jojo et seulement pour ça, je me suis engagé à commettre ni plus ni moins qu’un crime, un acte d’incivilité grave relevant de la Cour d’assises. Si l’affaire tourne mal, inévitablement c’est moi qui en ferai les frais. Je me dis que l’amitié est autant un sentiment à base d’affinités qu’une maladie qui force à ne pas décevoir l’autre.

Georges lève les yeux, me sourit.

— Ne t’en fais pas. Tout ira bien.

— Tout ira bien... Tout ira bien... J’aimerais en être aussi sûr que toi. C’est quand même la première fois que...

— Je te connais. Tu n’es pas de la race des perdants. Tiens ! au poker, tu...

— Je suis de la race de ceux qui n’aiment pas la prison. Quand je pense que je fais tout ça pour pas un rond...

— Les nobles causes ne se monnaient pas, Clovis.

— Abandonnons le chapitre, veux-tu ?

— Il n’y avait qu’un homme au monde pour oser. Ta malchance a été que je le connaisse et qu’il soit mon ami.

— Mouais.

— Calme-toi. Si je te demandais maintenant de renoncer, le ferais-tu ?

— Demande un peu, pour voir.

Qui j'ai osé tuer





Mon Dieu!
protégez-moi de mes amis;
mes ennemis je m'en charge.

      Cité par Voltaire



Extrait

— Vous savez qu’il existe une certaine catégorie de gens dits incorruptibles. Oui, monsieur Allard, il en existe encore. En êtes-vous ? Je le crois. Ces gens-là ont cependant un talon d’Achille : ils aiment la vie parce que, par le fait même qu’ils sont incorruptibles, ils croient en elle. Ils l’aiment beaucoup plus, par exemple, que ces félons qui se laissent corrompre, qui bien souvent ne croient plus en rien qu’au plaisir factice procuré par l’argent qu’ils reçoivent pour trahir. Ces incorruptibles donc, s’ils aiment la vie, ont par là même, et dans les mêmes proportions, peur de la mort. Logique, n’est-ce pas ? Ainsi donc, si vous refusez de m’aider en dépit de la fortune que je suis prêt à vous donner, je serai dans l’obligation de déclencher chez vous ce sentiment de peur que je viens d’évoquer. Alternative désagréable, j’en conviens, mais qui a le mérite d’être claire. Vous voilà donc informé d’un choix : soit vous tuez mon homme et vous êtes riche, soit vous ne tuez pas mon homme et vous êtes mort. Moi, à votre place, je sais quelle solution je choisirais.

Je le sentais venir. Revient la question : bluffe-t-il ?

— Je vous donne des détails : si vous rejetez mon offre, votre exécution se déroulera de la façon suivante : vous recevrez une balle dans le coeur, votre corps sera soigneusement enrobé de béton, chargé sur un bateau et largué en mer dans la fosse située au large du cap Croisette. On ne retrouve jamais les cadavres profondément immergés dont le lestage est correctement effectué. Ces morts que l’on découvre sur les plages ou dans les ports et qui envoient leur assassin en prison sont des cadavres jetés à l’eau à la hâte par des gens qui n’ont aucune jugeote, aucune notion de physique, aucune expérience en la matière.

— Je suis vert de trouille.

Il enchaîne, imperturbable.

— Mais cessons d’évoquer ces éventualités qui ne mènent à rien. Je vous ai acquis à ma cause, je le sais. Je connais les hommes de votre espèce. Efficaces, lucides, sachant aussi bien accepter la victoire que la défaite. J’ajoute et souligne que je suis sincère, qu’il me choquerait fortement d’abattre une personne de votre trempe. Cela me laisserait une écoeurante impression de gaspillage.

— Flatté.

L’homme qui marchait au fond du lac





Tomber dans le LACS est une façon de dire:
se faire prendre au piège

Extrait

— J’ai un service à te demander, Clovis...

Il a glissé la chose devant un petit verre d’Armagnac et n’a laissé prendre que lentement la dimension dudit service. En même temps, il jouait avec la serviette, entrouverte pour la cause, s’arrangeant pour laisser entrevoir son contenu.

— Un service sous forme de vacances à la montagne, a-t-il dit, se voulant impénétrable.

Clovis a désigné la serviette.

— Et ça, c’est pour les payer ?



— C’est pour emporter. Tu devras faire l’avance de tes frais de séjour sans toucher à cet argent.

— Tu parles comme si j’avais accepté. Si tu me disais de quoi il s’agit ?



— J’ai dit : des vacances.

Clovis fixait Aris sans aménité, alors que madame Jacquemart se découvrait du travail en cuisine, ne voulant pas prendre part à ces histoires d’hommes.

— Ce n’est pas en te fichant de moi que tu me convaincras de t’aider. Dis-moi l’idée que tu as derrière la tête ou parlons d’autre chose.

Aris a entrepris de nettoyer ses lunettes à l’aide d’un coin de nappe, puisant réflexion dans l’accomplissement minutieux de cette tâche.

— J’ai une idée derrière la tête, c’est vrai, a-t-il doucement convenu. L’endroit où je voudrais que tu ailles prendre des vacances s’appelle le lac Rouge, une flaque d’eau au sud du village de Saint-Sulpice, sur les hauteurs de Nice. Tu connais ?



— Il y a la Vallée des Merveilles, par là ?



— Disons que c’est dans ce secteur, mais le lac Rouge, propriété privée, n’est fréquenté que par les personnes autorisées... Grosso modo, il est situé sous le minuscule territoire du Mercantour originel. Sur sa rive droite est implanté un établissement hôtelier, le Jas de Conan, où tu prendras pension...

— Toi, tu me prépares un sale coup. Qu’est-ce que je suis censé aller faire, là-haut ?



— Nous voilà au cœur du problème. Pour que tu saches ce que tu vas faire au lac Rouge, il ne faut pas que tu saches ce que tu vas y faire. Cela paraît absurde, je te l’accorde, mais tu comprendras vite que c’est cette méconnaissance de ta mission qui répondra de ta réussite.

— La réussite de quoi, bon Dieu ? ! !

— De tes vacances.

Clovis était las de la stérilité de cet entretien, mais de plus en plus convaincu qu’Aris travaillait sur une affaire importante et bien ciblée.

— Repose-toi, a poursuivi imperturbablement le policier. Laisse-toi porter par les événements jusqu’à ce que ta nature t’intime de réagir. Tu devras n’être qu’un bouchon porté par le flot. Un bouchon, rien d’autre. Un bouchon est passif, dérisoire. Il ne fait pas de vagues. Au contraire, il danse sur les vagues. Sa force ? Il ne coule jamais.