Il y a des honnêtes gens
et leur cas n'est pas clair.

Extrait

10 mai.

L’affaire Montegnat me tombe sur le râble à une période où je viens de conclure discrètement une histoire de kidnapping. La kidnappée était une certaine Marie-Laure Aubois, milliardaire de profession et renommée uniquement de ce fait. Je la cite nommément par pure forme car son nom, sa vie et son kidnapping ne tiennent qu’une place marginale dans ce récit, et passe donc sur les détails de cette lamentable affaire.

Je souffle un peu, rabiboche mon ego émotionnel aux terrasses des cafés, lorsque ma kidnappée décide, en remerciement du service rendu, sans me consulter et très sottement, d’oeuvrer pour la prospérité de mon agence en annonçant l’exploit de son sauveur à un canard que je ne nommerai pas, lequel s’empresse de vendre l’information à des quotidiens nationaux à fort tirage, à savoir : ceux qui paient le mieux.

Le lendemain, ces presses publient l’événement à la une. Le soir, la télévision leur fait écho au Vingt-Heures, et moi, Clovis Allard, je deviens héros, alors que mon métier et mes gènes m’assignent discrétion et modestie.

Fatalement, après un tel tapage médiatique, la police, via ma vieille connaissance le commissaire Aristide Jacquemart, revenu à ses premières amours : le SRPJ de Marseille, me demande des comptes. Fatalement aussi, étant devenu demi-dieu national, considérant en outre que la célébrité est une superbe forme de la connerie, mes oreilles commencent à bourdonner et la moutarde à me monter au nez. Fatalement enfin, je me mets à rêver d’évasion.

Ce 10 mai, après moult convocations à l’Hôtel de police et autres poudres d’escampette pour échapper aux paparazzis, je me surprends à lever des yeux rêveurs vers les arbres des avenues, songeant qu’en ma Provence des montagnes le printemps doit avoir meilleure mine que le vert maladif des platanes et des flics marseillais.

L’affaire Montegnat commence là.

Elle commence brutalement sous forme d’un appel téléphonique de ma mère m’annonçant d’une voix guillerette la mort du cousin Célestin, de Saint-Amand-de-Beauvoir, en Provence du Verdon.