La politique peut être relativement honnête
aux moments où l'Histoire suit un cours paresseux.
À ses tournants critiques,
la seule règle possible est le vieil adage
selon lequel la fin justifie les moyens.

             Arthur Koestler



Extrait

9 décembre.

Nous, les hommes, avons la chance de n’être victimes que de deux types d’individus : les politiciens et les femmes. Je m’autorise cette remarque au seuil de ce récit parce que je suis un homme et que j’ai eu cette chance-là.

Ce 9 décembre, vers neuf heures, je reçois un appel de l’hôtel Matignon à mon agence de Marseille. Une voix féminine me demande de lui confirmer que je suis bien le détective Clovis Allard, ce que je fais, et m’informe que monsieur Charles Garrot, Premier ministre, désire me parler.

Ce n’est pas tous les jours qu’un détective privé reçoit l’appel d’un ministre et encore moins du Premier. Personnellement, n’ayant jamais eu cet honneur, je soupçonne une farce. Je ne coupe cependant pas la communication. Dans mon métier, la politique de l’autruche n’a jamais mené à rien, sauf quelquefois au cimetière.

Après une de ces interminables valses de Strauss entrecoupée de messages me priant de patienter qui font la fortune des Télécoms, un homme se manifeste. Accent rocailleux, sèche formule de politesse d’où transpire l’énervement. Lui aussi me demande de lui confirmer qu’il parle bien à moi, ce que je refais, se présente comme étant Charles Garrot, sans citer sa qualité de patron du Gouvernement, et me déclare avoir besoin de mes services. Quel genre de service ? Un service qui ne se dit pas au téléphone. La conversation qu’il veut avoir avec moi est des plus confidentielles. L’affaire présente un caractère d’extrême urgence, je dois me présenter à Matignon dans les meilleurs délais. Meilleurs délais de quel ordre ? Il m’attend dans l’après-midi, il donne des instructions à l’entrée et à l’accueil. Si j’ai des affaires en cours, comme il l’imagine, elles ne seront retardées que de quarante-huit heures. Si je suis obligé d’annuler certains rendez-vous, j’en serai dédommagé.