Le plus grand voyage de ma vie

J'espère ne pas avoir la malchance de mourir un jour.
Mais si cela devait m'arriver,
je n'aurais à me plaindre que de ne pas avoir vécu plus longtemps.
Je dédie cet ouvrage à tous ceux que la vie émerveille.
JLG
Extrait
– C'est où ?
– En Ardèche, dans les montagnes. On vous expliquera plus tard.
«Plus tard» aussi revenait souvent dans les explications de ma Mère. Micheline et moi détestions cette expression. Nous, ce que nous voulions, nous le voulions tout, et tout de suite.
– C'est où l'Ardèche ?
Mon Père qui aimait et, de ce fait, connaissait la géographie, est intervenu sur un regard de ma Mère lui demandant de prendre le relais.
– L'Ardèche est un département français du Massif Central. Et La Louvesc est au nord de ce département, à mille cinquante mètres d'altitude, et à trois cents kilomètres de Marseille. Ce village est connu parce qu'un certain Jean-François Régis, dont on a fait un saint, a eu, en 1640, la bonne idée d'y mourir, offrant à ce haut pays une richesse considérable appelée pèlerinage.
Nous, de ce saint Régis, on s'en moquait. En revanche, la distance de trois cents kilomètres nous a laissés sans voix.
– Le Massif Central non plus, vous ne l'avez pas appris à l'école ?
– Ça oui ! C'est au milieu de la carte, et y a des volcans !
– Pas de volcans où nous allons. Juste du bon air. D'ailleurs les volcans du Massif Central sont éteints depuis longtemps. Pour nous rendre à La Louvesc, nous devrons prendre le train pendant quatre heures, puis le car pendant trois heures.
Notre ébahissement a viré à l’émerveillement. Nous n'avions jamais pris le train. Nous ne connaissions de ce moyen de locomotion qu'une longue, fumante et bruyante chenille que, depuis la terrasse de La Provençale, nous voyions, à heures fixes, passer au loin, dans le sillon de la vallée de l'Huveaune.
Beaucoup d'autres questions ont fusé de nos bouches. Mon Père y a répondu de son mieux, mais il était visible que sa préoccupation première était d'emmener, par le simple moyen des transports en commun, une malle pleine de linge, une épouse, et trois enfants en bas âge, dans une des contrées les plus reculées de France.
Micheline et moi sommes allés nous asseoir sur la deuxième marche de l'escalier de l'entrée (c'était toujours la deuxième), qui nous servait de mini forum lorsque nous devions débattre d'un sujet grave. Nous étions un peu abasourdis et beaucoup rêveurs.
Ce qui nous avait le plus frappés était la durée pour laquelle nous partions : trois mois. Et puis, faute de le connaître, nous nous sommes mis à inventer ce monde mystérieux où nous nous rendions. Il n'y aurait peut-être pas la mer. Si c'était pas, c'était dommage. Micheline a émis un doute quant à la présence d'une mer dans le Massif Central, mais elle n'a néanmoins pas complètement écarté cette hypothèse.
Et puis nous avions entendu parler de «bon air». Ce bon air nous intriguait. Il nous laissait entrevoir que nous n'avions pas tout compris, car nous savions bien que l'air ne se mangeait pas.
L'altitude de mille cinquante mètres nous impressionnait aussi beaucoup. Presque autant que les trois mois de séjour prévus «là-haut». L'altitude d'une montagne était une notion que nous ne possédions qu'incomplètement, mais dont nous connaissions l'essentiel. Nos maîtres d'école nous en parlaient, notre Père aussi. Nous savions, par exemple, que zéro mètre d'altitude était le niveau de la mer Méditerranée, et qu'on mesurait la hauteur des montagnes à partir de la surface de cette mer de Marseille, dans l'anse de la Fausse-Monnaie, en amont du pont du Petit-Nice, parce que, dans cette calanque, il n'y avait pas de vagues, et donc que la barque transportant les hommes qui mesuraient les montagnes ne risquait pas de chavirer.
Mais, évidemment, la grande inconnue restait de savoir comment on s'y prenait pour réaliser une telle opération. Si les montagnes avaient été juste au-dessus de la calanque et à pic, il n'y aurait eu qu'à monter sur la montagne dont on voulait mesurer la hauteur, attacher une pierre au bout d'une ficelle, laisser descendre la ficelle jusqu'à ce qu'elle touche l'eau, puis mesurer la longueur de la ficelle. Mais aucune montagne n'était au-dessus de l'anse de la Fausse-Monnaie, et en tout cas pas le Massif Central. De cela, nous étions sûrs.




Commentaires
1. Le samedi 30 janvier 2010 à 17:07, par OYONAXOS
2. Le samedi 30 janvier 2010 à 17:22, par Solange
3. Le jeudi 4 février 2010 à 19:29, par soizic
4. Le samedi 20 février 2010 à 18:32, par soizic
5. Le dimanche 21 février 2010 à 17:24, par Solange
6. Le lundi 22 février 2010 à 07:18, par soizic
7. Le lundi 22 février 2010 à 17:17, par Solange
8. Le dimanche 22 août 2010 à 05:18, par FarrellTrina
9. Le vendredi 3 septembre 2010 à 04:45, par academic writing jobs
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