Noël à Chanteloup

Ce qu'on fait par amour
s'accomplit toujours par-delà le bien et le mal.
Nietzche
Extrait
Je me replonge dans la carte IGN. Un petit point noir symbolisant une habitation marquée Chanteloup figure en effet dans un secteur du massif où les courbes de niveau sont très espacées. Une route y conduit. Il faut prendre à droite au rond-point du 4 Septembre.
Je me remets au volant vers quatorze heures. La neige a marqué une pause. La route de Chanteloup sinue longtemps dans les escarpements de l’Andran, surplombant une agglomération dignoise peu à peu réduite à des dimensions lilliputiennes. La chaussée n’est pas déneigée. Pas de traces de pneus sur le tapis blanc. J’évolue dans un univers cristallin. J’ai l’impression que je n’atteindrai Chanteloup que lorsque je toucherai le ciel. Madame Turner a installé son ermitage dans un monde de pureté.
Au sommet d’un raidillon, Chanteloup m’apparaît comme un plan immaculé, faiblement incliné vers la vallée, clos par un haut et fort grillage, et fermé par un portail barreauté. Une planète de glace hermétiquement close. La forêt portée sur la carte est au nord, visiblement à l’intérieur de la propriété. En lisière aval, des bâtiments accrochent l’œil. Je vois un corps d’habitation massif aux volets verts. Sur le devant, une remise sous laquelle brillent les vitres d’une voiture. Seul signe de vie, une fumée blanche sur le toit, malmenée par le vent.
Je descends de voiture et pousse la grille, décidé à faire le reste du chemin à pied pour ne pas profaner cette terre de silence où le bruit d’un moteur semble être sacrilège.




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